La maitressedu comandant Castro – Manet
La maîtresse du commandant Castro

«"Descendons, il fait un froid glacial tout à coup." Il me prend par la main, la mienne est vraiment minuscule dans la sienne, et éclaire le chemin avec sa lampe de poche. Nous marchons les yeux baissés, en faisant attention où nous posons nos pas. Je ne pense qu'à cette main refermée sur la mienne. Ses doigts longs et fins, des mains raffinées et sensibles d'intellectuel, d'artiste. Mais la peau est tannée, râpée, épaisse, façonnée par la guerre et le maquis. Des mains d'homme, chaudes, fortes, indépendantes. Nous arrivons dans la partie du camp où se trouve la cabane que je partage avec Dolores. Il s'arrête à l'entrée, se penche vers moi et demande très doucement : "Je peux entrer ?— Je vous en prie, Commandant."Ma voix est à peine un murmure. Il sourit: "Appelle-moi Fidel."»Eté 1998. Une vieille dame cubaine, très distinguée, invite le narrateur à dîner dans son immense appartement des quartiers chics de Madrid. Elle a une histoire à lui raconter, il écoutera toute la nuit, fasciné. Histoire vraie, récit inventé ? Nul ne sait. Aujourd'hui cette femme est morte. Reste le roman de sa passion secrète, aussi brève que fulgurante, avec le jeune révolutionnaire Fidel Castro juste avant qu'il ne conquière le pouvoir...Après L’île du lézard vert (prix Goncourt des lycéens), et Rhapsodie cubaine (prix Interallié), La Maîtresse du commandant Castro est le treizième roman d'Eduardo Manet.

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Recensions


Le Parisien Libéré du mercredi 21 janvier 2009 
C'est si rare un vrai grand mélo réussi qu'on ne peut que recommander chaleureusement la lecture du nouveau roman d'Eduardo Manet, "La maîtresse du commandant Castro". S'y mêle une histoire d'amour fulgurante à la grande histoire, celle de Cuba et de la révolution castriste, en passant par la découverte de la mentalité des pays scandinaves et une initiation patiente à la psychanalyse. (...) On ne s'ennuie pas une seconde en suivant à la trace cette héroïne qui se passionne aussi bien pour la biologie que le jazz. Et sous la plume d'Eduardo Manet, toute une masse de connaissances sur l'histoire de Cuba, sur la littérature mondiale, la musique, la géographie, se trouve revisitée. Son livre, tout en restant avant tout une fresque sentimentale, se mue par moment en roman total brassant tous les savoirs, tous les acquis de la deuxième partie du XXème siècle.

François Vey

L’Est Républicain du mercredi 21 janvier 2009
C’est un secret que relève Eduardo Manet dans son nouveau roman. Un secret que lui a murmuré au crépuscule de la vie celle qui fut, brièvement, comme dans un rêve, « la maîtresse du commandant Castro », sa « petite fée blonde ».Un bonheur meurtri à jamais lorsque le Lider Maximo l’a abandonnée. « Elle a pensé que j’étais le seul qui pouvait la comprendre », précise l’écrivain et auteur dramatique, originaire de l’île : « Cet amour de Fidel, c’est une métaphore de l’amour trahi qu’il a eu pour le peuple cubain », dit-il. Mais l’ex-révolutionnaire, membre de la nomenklatura castriste, qui a fui son pays natal quand la dictature a approuvé l’entrée des chars russes en Tchécoslovaquie ne s’est pas contenté de recueillir les confidences d’une amante abusée. Il en a fait la chair d’un roman de la désillusion, d’où émerge le portrait fascinant d’un monstre de séduction qui jetait son dévolu sur les vierges aux yeux clairs : « Qui n’a-t-il pas séduit ? » interroge le prix Goncourt des lycéens 1992 et prix Interallié 1996, « Des femmes et François Mitterrand, des sénateurs de droite, Jean-Edern Hallier, Régis Debray, Mère Teresa et même le pape Jean Paul II qui a célébré sa messe face à l’effigie du Che et lui a dit, peut être en souvenir de son passage chez les jésuites : « je te comprends mon fils et je vais t’aider ». (…) Cinquante ans après sa prise de pouvoir, Fidel n’est plus qu’un « comateux qui marche » pour reprendre la chanson de ses opposants. Mais le mythe perdure, regrette l’écrivain, et le peuple continue de souffrir : « Raul est pragmatique, il essaie d’améliorer le quotidien des Cubains, mais avec ce militaire brutal, les libertés c’est tintin ! » Eduardo Manet qui n’est jamais retourné dans l’île, où reposent ses parents, reste prudent pour l’avenir : « Bush était parfait comme repoussoir. Avec Obama on verra ».

Michel Vagner



Un excellent roman, aussi réaliste sur l'époque que sur l'amour prétendu de l'héroïne pour le commandant Fidel Castro. Ou la désillusion de l'amour d'une femme s'accompagne avec la fin d'un régime vide de sens. L'auteur écrit comme une grande romancière plein de tact et s'accrochant à des détails qui ne sont 
généralement perçus que par les yeux d'une femme. Eduardo Manet veut ainsi célébrer à sa manière le 50ème anniversaire de la Révolution cubaine, car la trame se déroule exactement de la Sierra Maestra jusqu'à la rentrée triomphale des "barbudos" à La Havane.

Estelle Laloy



Marianne du 7 au 12 février 2009
1998. Il fait nuit à Madrid. Une vieille dame cubaine distinguée parle. Elle raconte son histoire d’amour avec un beau jeune homme qui s’appelait Fidel Castro. A peine sortie de l’adolescence, elle s’était laissée gagner par la passion révolutionnaire qui habitait sa meilleure amie, Dolores la fille de la cuisinière de ses parents. De distribution de tract en récolte d’informations, elle avait fini par se retrouver dans la sierra Maestra. Très vite, « le commandante » la remarque. Elle devient, pour quelques nuits, sa maîtresse et vivra le reste de ses jours dans l’espoir de voir revenir ces moments de passion. Roman ou tranche d’histoire ? Qu’importe, tant Manet réussit à nous captiver avec ce superbe portrait de femme en amour.

Alexis Liebaert.



La Vie de janvier
Trois jours, trois nuits. L’essentiel de la vie de la narratrice sera passé comme un souffle. Un souffle de passion, bien sûr. Elle n’était qu’une très jeune fille, en 1958, quand elle rencontra l’homme qu’elle devait aimer jusqu’à la mort. Rencontre fort improbable : elle était issue de la haute société cubaine, il n’était autre que le commandant en chef des forces révolutionnaires qui s’apprêtait à prendre le pouvoir. Fidel Castro, en personne. Rien de plus classique que cette idylle éblouissante et furtive, pimentée par la gloire de son amant. On se laisse volontiers prendre au jeu du portrait intime du chef révolutionnaire. Mais le plus captivant reste la personnalité de la mystérieuse narratrice, dont le nom n’est jamais précisé, et dont la vie n’est qu’une longue guérison après la blessure d’un amour avorté.

Marianne Dubertret



Nouvel Observateur, 12 février 2009
Pour célébrer à sa manière le 50
e anniversaire de la révolution cubaine, Eduardo Manet raconte la femme cachée de Fidel Castro. En 1958, une fillette bourgeoise serait devenue « l’amour clandestin du chef de la guérilla ». Le romancier en fait l’héroïne anonyme d’une saga riche en conquêtes politiques et romantiques : abandonnant son enfance heureuse dans une famille illustre de Camagüey, elle s’engage clandestinement dans un mouvement de résistance contre la dictature Batista, pour finalement rejoindre les combattants de la sierra Maestra sous les ordres de Castro ; mais, en « pauvre folle romantique », elle tombe rapidement amoureuse… et dans l’oubli. Alors qu’elle croyait à « l’amour à l’état pur », elle est contrainte d’accepter que « la seule et véritable épouse du commandant, c’est la révolution ». Chez la jeune femme, la lutte pour l’indépendance et la liberté consiste donc, surtout, à faire le deuil de cet amant métamorphosé par la gloire. Après une phase dépressive, elle voyage aux Etats-Unis, en Autriche, s’installe en Suède, devient psychanalyste, épouse un scientifique. Bien que loin de Cuba, cette nouvelle vie rangée, dérive parfois en ronde funèbre, quand les amis d’enfance resurgissent, que les proches disparaissent et que s’annonce un dernier voyage sur l’île. Exalté, saturé de « faits d’armes et d’états d’âme », ce « tour sur le manège des souvenirs » est sans doute un peu celui de l’auteur. Longtemps compagnon de route des révolutionnaires, ami de jeunesse de Raul Castro, Eduardo Manet s’est lui aussi exilé pour différend idéologique avec Fidel. Depuis, l’écrivain a choisi la France et témoigne de son parcours dans « Mes années Cuba ». Cette liaison déçue lui permet une nouvelle fois d’évoquer l’histoire mouvementée de son pays, dans un roman aussi passionnant pour nous que le Lider maximo le fut par sa malheureuse maîtresse.

Camille Tenneson



L’indépendant du samedi 24 janvier 2009
(…) « La maîtresse du commandant Castro » est un grand roman d’amour qui commence de manière un peu poussive, peut être parce que Manet a toujours quelques difficultés à montrer un Castro aimable et séduisant, mais qui prend rapidement un rythme soutenu et dresse un superbe portrait de femme. Il est à prendre à plusieurs niveaux : celui d’une grande fresque romanesque et celui d’une analyse profonde et subtile de ce que furent les années Castro, de la révolution à nos jours, pour tous les Cubains. Ardent partisan du Castro des premières heures, puis grand déçu du castrisme, c’est aussi, finalement sa propre histoire que nous raconte Eduardo Manet.

Sylvie Lainé