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  Prix du Roman d'Evasion en 1999  


D’amour et d’exil

«A près de cinquante ans, Leonardo Esteban choisit l’exil. Lui le fonctionnaire modèle, lui l’engagé, il quitte Cuba pour ne plus revenir – alors même que son île s’ouvre aux étrangers. A la faveur d’un voyage officiel, il laisse ses amis, sont passé, tout un monde vacillant. Et il choisit pour terre d’accueil le Pays Basque français.

Quel secret cherche donc Esteban sur ces reliefs lointains où chante un vent de détresse ? Est-ce la figure aimée d’un parrain ou d’un père ? Et pourquoi abandonne-t-il Berta Maria, sont amante depuis onze ans, mulâtresse magnifique et mère dévouée à la révolution ?
Berta Maria, envoyée par les services de renseignement cubains, essaie d’écouter Leonardo, de le comprendre… et de négocier son retour. Deux semaines sublimes commencent, où se mêlent la passion sensuelle et les impératifs politiques : Léo et Berta s’enlacent, se déchirent. La voix des cœurs perdus nous chante l’amour à sauver, l’exil qui menace…
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Recensions

Publié par Le point le 24/01/2007 N°1384

L'exil par procuration

L'exil, certains le subissent comme une contrainte, pour sauver leur peau, d'autres l'acceptent comme la promesse douloureuse d'un avenir meilleur. De toute manière, il vient toujours un moment, dit Antton-le-Basque, un des personnages posthumes d'Eduardo Manet, « où l'exilé, qu'il le veuille ou non, éprouve la honte d'avoir abandonné son pays d'origine ».
Est-ce là le remords que se réserve Leonardo Esteban, le héros de son dernier roman, en choisissant de refaire sa vie dans le Pays basque français ? Fonctionnaire cubain du Commerce extérieur, voyageant librement dans le monde entier, aucun motif politique ni idéologique ne le pousse vraiment à franchir le pas. Sa vie sentimentale risque même d'en être brisée, car Berta Maria, la femme qu'il aime, elle-même très liée à l'establishment castriste, et vite dépêchée pour le ramener au bercail, n'abandonnera vraisemblablement ni ses enfants ni la révolution pour le suivre, quelque envie qu'elle en ait. La décision obéit donc à une nécessité intérieure mystérieuse qui n'est peut-être que la tentation intrinsèque de l'exil, cette insatisfaction de l'âme qui nous pousse parfois à changer de peau, à épouser corps et âme le pays d'adoption que l'on s'est choisi.
Un invincible coup de coeur
Ces cas de transfert sentimental sont nombreux. Comme l'Argentin Hector Bianciotti, comme quelques autres avant eux, Manet, sans poser au dissident (encore moins aujourd'hui, avancera-t-on sans doute), a choisi de vivre et d'écrire en français. Ses romans récents portent pourtant le sceau de l'impossible oubli. De « L'île du lézard vert » à « Rhapsodie cubaine » en passant par « Habanera », ils déclinent toutes les nuances de l'exil, hier celui tétanisé de Miami, aujourd'hui celui librement consenti au pays d'Euzkadi, entre Bayonne et Saint-Sébastien. Rien n'est simple dans l'analyse de cette situation où désir et mémoire se combattent.
Dans « D'amour et d'exil » - titre qui vaut moins que son sujet -, le thème de l'expatriation volontaire se complique d'ailleurs d'une particularité de taille. C'est en effet par devoir de mémoire envers l'homme qui l'a formé, cet Antton-le-Basque si attaché encore à la terre dont il a été arraché pendant la guerre civile d'Espagne, que Leonardo le Cubain entreprend son pèlerinage sans retour. Sa reconnaissance des lieux tourne certes à la séduction totale - les méchantes langues diront même à l'apothéose d'un folklore abondamment ressassé depuis Pierre Loti -, mais il s'agit bien d'un exil par procuration. Doublé d'un invincible coup de coeur. Si l'auteur, pour la France en général, ne l'avait, en son temps, éprouvé, on se dirait qu'il y a là quelque bizarrerie, puisque le père adoptif du héros de l'histoire l'a si bien mis en garde contre les rappels à la conscience de la patrie d'origine. Mais va ! Dans un domaine si sensible, aucune logique n'a cours. Sinon celle, peut-être, qui voudrait que l'un rachète par son acte libre le sacrifice forcé de l'autre dans une sorte d'acte répétitif.
Dans son expression classique - même si elle ne recule pas devant certains clichés -, dans sa construction très habile, et même très savante sans cesser d'être de bout en bout parfaitement lisible, voilà en tout cas le meilleur roman et le plus singulier qu'Eduardo Manet nous ait donné depuis longtemps.